En Centrafrique, la crise humanitaire ne s’exprime pas seulement dans les camps de déplacés ou les centres de santé débordés. Elle se joue aussi dans les bureaux, les bases et les terrains d’intervention où, jour après jour, les ONG internationales réduisent la voilure, rétrécissent leurs programmes… et notifient des licenciements en cascade.
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L’année 2025 marque un tournant préoccupant. Avec la fin du financement de USAID, pilier historique de l’aide humanitaire dans le pays, le secteur humanitaire est entré dans une zone de turbulence sévère. Les chiffres donnent la mesure du choc : sur les 23 millions de dollars versés par USAID en 2024, 17 millions se sont volatilisés du budget 2025. Ce retrait brutal ne laisse pas seulement un trou financier : il ouvre une brèche dans des dispositifs essentiels pour des centaines de milliers de Centrafricains.
Le départ de USAID a entraîné un effet domino. Plusieurs bailleurs, déjà frileux, ont à leur tour annoncé un désengagement total ou partiel, aggravant le manque de ressources. Les ONG, prises dans cette spirale, se voient contraintes de fermer des projets entiers : centres nutritionnels, interventions de protection, programmes d’éducation, actions de soutien économique… tout y passe. Et derrière chaque ligne budgétaire supprimée, il y a des équipes, des familles, des communautés.
Au total, ce sont plus d’un millier d’employés – majoritairement Centrafricains – qui ont déjà perdu leur emploi ou sont en passe de le perdre. Une hémorragie sociale passée presque sous silence, mais qui fragilise profondément le tissu économique et social d’un pays où l’emploi formel est déjà rare. Les bases autrefois animées par des équipes multidisciplinaires se vident ; les bureaux ferment ; les radios communautaires cessent d’être alimentées en messages de sensibilisation ; les cliniques mobiles restent à quai faute de carburant ou de staff.
Sur le terrain, les populations ressentent déjà les conséquences. Dans certains villages, les distributions ont cessé depuis plusieurs mois. Dans d’autres zones, l’absence d’ONG se traduit par un manque criant de soins primaires. Les acteurs encore présents tentent d’amortir le choc, mais l’aide s’amenuise à mesure que les financements s’évaporent.
Cette contraction du secteur humanitaire pose une question fondamentale : qui prendra le relais ? Dans un pays où l’État manque encore de moyens opérationnels pour couvrir l’ensemble du territoire, les ONG constituaient l’un des rares maillons solides entre les populations vulnérables et les services essentiels. Leur affaiblissement annonce une crise plus profonde, moins visible mais potentiellement dévastatrice.
Face à cette situation, les appels se multiplient pour encourager de nouveaux bailleurs à soutenir la Centrafrique, mais aussi pour imaginer des modèles plus durables et résilients. Car si la fin de USAID marque un chapitre qui se referme, elle souligne surtout l’urgence d’en écrire un autre – avant que les conséquences humanitaires ne deviennent irréversibles.